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pizza

  • Cri de guerre.

    Pizzaaaaaaaaaaaaaaaaaa !

     

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    Aux quatre fromages.

    Parce que les produits laitiers c'est la vie, sur une musique de Chris Isaak, avec de jeunes éphèbes glabres à moitié à poil et des filles en débardeurs sans soutifs, qui bouffent des yaourts natures ou boivent du lait, en s'en foutant partout sur le menton. Le tout en noir et blanc, si mes souvenirs ne sont pas périmés. En plus, c'est bon pour la santé de mes os, dont je prends soin, puisque je n'en ai jamais eu un seul de cassé. Cela dit, je suis une spécialiste de la foulure du petit doigt. J'ai bien dû les abîmer deux fois chacun. Docteur Maison rigolerait sûrement de mes blessures contractées dans de  banales chutes d'escalier...

    ... ou comment te dire ce que je vais faire de passionnant de ma soirée.

    A savoir me bâfrer devant la téloche.

    Je suis trop une intellectuelle en fait !

  • 5-braquage à l'italienne

    Il me fallut un bon quart d'heure pour la convaincre de bien vouloir que je lui paye une pizza, sacrilège entorse à son éternel régime alimentaire pauvre en matière grasse. Il lui fallut juste une demi heure de plus pour se décider et  trancher entre les calories de la végétarienne et celle de la quatre saisons sans jambon. Ça ne m'étonne plus vraiment mais ses tergiversations restent impressionnantes pour qui n'aurait pas son diplôme de diététicien ou un abonnement à vie à "Régime magazine" ! Elle me donne souvent envie de lui jeter des hamburgers à la tête, de la couvrir de mayonnaise, de ketchup ou de béarnaise, de la gaver de chocolat et de fraises tagada, de la torturer à la mal-bouffe quand elle me parle de la nécessité d'ingurgiter des fibres à chaque repas. Mais je me contrôle grâce à quelque exercice de respiration et le profond respect que doit malgré tout une fille à sa mère.

    Je presse le pas. J'ai horreur d'être la cliente casse-couille de service qui se pointe 10 minutes avant la fermeture. Je m'arme de mon plus beau sourire pour entrer dans la pizzeria "à emporter" histoire de ne pas passer 20 minutes à attendre mes boites sous le regard mauvais du patron. Poliment je passe commande à grand renfort de "s'il vous plaît monsieur" et de "merci". Je ne peux pas m'empêcher d'être polie. L'éducation à grand coup de tartes dans la tronche, c'est plutôt efficace ! Le commerçant me propose une bouteille de rosée pour seulement un euro de plus. Ai -je une tête de pochtronne ? J'allonge quoi qu'il en soit ma pièce supplémentaire. Avec une verre de vin derrière la cravate la mère de service pourrait être marrante ! Derrière son comptoir, tout en surveillant du coin de l'oeil son four à bois, le pizzaiolo engage la conversation à grand coup de "c'est la première fois que je vous vois mademoiselle, vous êtes nouvelle dans le quartier?" Je suis polie mais pas forcément sociable. Et puis j'avoue que je n'en ferai pas mon quatre heure de ce type alors rien ne me motive à rendre agréable cet échange qu'il se propose de créer fait d'oeillades plus qu'appuyées.

    Je regarde intensément concentrée mes pizzas derrière le comptoir, dorées doucement sous la chaleur du feu,  espérant dans un élan fou et désespéré qu'elles cuiront plus vite afin que je puisses enfin m'en aller de cet endroit et ne plus supporter les questions débiles qui s'enchaînent dans la bouche du commerçant. C'est parce que je tourne le dos à la vitrine que je ne comprends pas tout de suite pourquoi ce type qui me semble de plus en plus abruti, lève les mains en l'air et se décompose d'effroi en un instant. Comme dans un rêve, je me retourne levant moi même instinctivement mes mitaines, ma compréhension effleurant peut être la nature de la situation.

    masque_fabius.jpgd975.jpgDevant nous Jean-Pierre Raffarin et Laurent Fabius  nous braque avec une arme. Faces de latex, survêtements et baskets, c'est Halloween mais le fusil brille trop pour être factice.

    "La caisse connard ! Et file nous aussi les pizzas !"

    Mes pizzas...

    "Et toi la gothique file nous ton sac"

    J'ai pas de sac. Mes vingt euros sont dans la caisse. Il ne me reste que des centimes.

    Fabius s'approche. Raffarin me braque. J'ai perdu la faculté de parler. Mon cerveau refuse de fonctionner devant le surréalisme de la scène. Un braquage à l'italienne. Et pourquoi eux ?

    Le pizzaiolo pose les boites sur le comptoir ainsi qu'un tas de billets de 10 et 20 euros et deux poignés de pièces. Sacré butin ! Fabius s'en empare, repasse près de moi pour me cracher à la gueule que je suis une sale pute. Raffarin lui dit de ramener son cul. Ils se cassent. Ca aura peut être duré 5 minutes ou moins. Je ne sais pas. Je donne un faux nom et un faux numéro pour que les flics ne me rappellent pas. Le patron va porter plainte. C'est son problème. Le mien c'est que je vais finalement devoir me taper les fameuses pommes noisettes au micro onde, le mieux que puisse faire la mère de service, la plus piètre cuisinière de l'univers.

     

  • 4-Dans la famille de service je voudrai la mère.

    Me voilà devant la porte.

    Je me dis une dernière fois que j'exagère, que je me laisse allée à la mauvaise foi avec trop d'entrain, que nos rapports de force se sont éteints depuis que j'ai fait mes valises. Je ne suis plus une adolescente boutonneuse insupportable et elle, une femme au foyer sur le carreau, fraîchement divorcée d'une brute névrosée,qui doit faire face aux modalités de la vie et à son coût, jusqu'à alors pris en charge par son ex-mari. Trouver du travail à l'aube de ses 40 ans tout en se débattant avec l'éducation d'une fille fumeuse de joint qu'on découvre un peu trop tôt sexuellement active et encline à la débauche... Le plus difficile se fut l'argent qu'elle n'avait plus pour se payer collants, parfums, couleurs et coupe de cheveux. Le plus insupportable est qu'elle se servit sur la pension alimentaire tout en nous abonnant aux platrées de pâtes 7 soirs par semaine. La fille grunge et crade qui remplit le caddie de kilos de nouilles suivie par une mère qui pourrait être celle de la créature. L'image parfaite de notre relation de l'époque où je n'attendais qu'une chose : la majorité. Pour me barrer de là, c'est entendu.

    J'appuie sur la sonnette ce qui déclenche sans attendre les hurlements du clébard de service, une espèce de balai à chiotte agressif  qui passe son temps à se lécher le cul ou à essayer de te bouffer discrètement les mollets et que la mère de service chéris indécemment comme un enfant. Elle m'ouvre la porte ordonnant mollement à la bête féroce qui gigote sous son bras de se taire. Une bouffée de numéro 5 dans ma face et je sens la nausée qui me chatouille l'estomac.

    "Ma chérie te voilà enfin ! Vas y rentre et donne moi ta veste pleine de poils de chat avant que tu m'en foutes partout. Oh des macarons ce que t'es mignonne ... même si tu t'entêtes toujours à mettre ses espèces de chaussures orthopédiques." Dans la mesure où je mesure une mètre soixante quinze je ne vois pas trop l'intérêt de me jucher sur des talons. Bon si j'étais top modèle internationale ce serait sûrement marquer en tout petit sur mon contrat de travail mais là en tant que fille de service je n'ai aucun défilé sur podium prévu prochainement, mais je vais garder mes sarcasmes pour mes longues soirées d'hiver et puis c'est un classique pour la mère de service. De toute façon elle n'attend pas de réponse.

    "J'ai pas eu le temps de faire les courses, j'espère que t'as pas trop faim. Il me reste un fond de pommes noisettes surgelés je te les ferais réchauffer au micro ondes.

    - Hum t'es sure que tu veux pas que je descende chercher une pizza ?

    -C'est un peu calorique la pizza quand même surtout que tu vas encore en prendre une avec plein de fromage... tu te rends pas compte ma petite fille  : 5 minutes de plaisir pour une heure de jogging. Mais tu ne fais toujours pas de sport j'imagine...

    - Écoute M'man, j'ai un IMC de 22.8. Chuis pas grosse alors laisse moi manger. Si t'es encore au régime malgré ton jean taille 34 c'est que t'as un problème. Moi perso, j'en ai pas de problème, j'aime ça la bouffe tu vois, même plusieurs fois par jour si possible.

    - Ah t'es bien comme lui. Jamais tu ne m'écoutes mais tu verras un jour on en reparlera.

    - Merci pour l'insulte, c'est pas moi qui ai couché avec mon père et c'est pas de ma faute si j'ai de la génétique en commun avec lui !

    Un vent glacial souffle dans le salon où nous nous sommes installées, dans un face à face qui vire au pugilat en moins de temps qu'il n'en faut pour caler confortablement ses fesses dans le canapé.

    "Bon ça commence mal...

    - Comme tu dis M'man ! Mais tu sais bien on se prend toujours un peu la gueule toutes les deux... ça doit être une façon de nous dire qu'on s'est manqué. Sinon toi quoi de neuf ? Ca va le boulot ?

    - Bah bof... ils font des travaux de voirie dans le quartier où je travaille, et puis je t'ai déjà expliqué que c'était l'horreur ! Tout en sens unique et là en plus, impossible de se garer à moins de deux cent mètres du bureau, un bruit pas possible de marteau piqueur toute la journée et l'autre salope de comptable qui continue de me faire chier parce que les commerciaux filent pas leurs tickets avec les notes de frais que je saisis. J'en peux plus ma chérie. Je sais pas comment je vais continuer pour tenir. J'ai les charges du syndic qui viennent de tomber en plus la totale ! Et toi ma chérie ?

    - ...

    - Le boulot ? Le gars de service ? Tes animaux ?

    - Bah... disons que si j'ai bien compris le courrier recommandé que j'ai reçu cette semaine, chuis licenciée pour motif économique. Le mec qui nous a racheté l'année dernière a finalement décidé de fermer la boite. Normal quoi ! On se fait racheter par la concurrence d'une façon que je ne m'explique pas encore très bien et on se fait éliminer au bout d'un an... sûrement que c'est un délai légal. (donc tu vois tes histoires de parkings et ta comptable je m'en tape un peu)

    - Oh mais c'est pas grave (hein ? quoi ? comment ?) t'as le droit au chômage (ah bah oui les deux tiers de 100% du smic ça va m'aider pour payer le loyer) après faudra juste retrouver du boulot (sans déconner j'étais pas sure),tu vas pas commencer à t'apitoyer sur ton sort ! C'est pas ton genre ! Je te l'interdis !

    - ...

    Elle se lève précipitamment. Je la regarde évoluer dans son intérieur cosy, romantique et envahis par les fleurs séchés, les pots pourris, les bougies parfumées éteintes car "la suie ça salit" dixit la mère de service. Les magazines de mode sont bien rangés dans le porte journaux. Le tapis est parfaitement alignés avec le canapé et la table basse. La symétrie des tableaux au dessus de la télé est réglé au millimètre près. Je me souviens du temps où je vivais ici, où ma simple présence détonnait entre ses murs, dans son foyer douillet et impeccablement rangé pour lequel elle ne comptait pas les heures et les heures passer à astiquer, nettoyer, dépoussièrer, désinfecter.

    - J'ai pas de monnaie, ça t'ennuie pas de payer la pizza et puis tu comprends je suis fauchée en ce moment avec ce putain de syndic de merde !

     

    C'est vrai que moi avec mon futur statut de chômeuse je vais pas la ramener !