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hypocrisie

  • 71- Bienvenue à Pipeland !

    J'aime bien sucer des bites. Oui, j'ai déjà eu quelques occasions d'en avoir plusieurs à ma disposition rien que pour moi. Au sens propre j'aime ça, la fellation. Enfin surtout le pouvoir de la fellation, et aussi un peu donner du plaisir rien qu'avec ma langue agile. Mais au sens figuré, sucer des bites, même rien qu'une bite, ce n'est pas mon genre, ni ma tasse de thé. En même temps je n'aime pas le thé. J'ai eu aimé, jusqu'au jour où je me suis retrouvée au volant de ma bagnole, dans l'incapacité complète de me garer du fait de la topographie, avec une envie de dégueuler complètement incroyable au regard de la pauvre tasse d'eau chaude aromatisée au jasmin que je m'étais enfilée en vitesse ce matin là avant de partir de chez moi. Bénie soit la personne qui a fait interdire la distribution gratuite des sacs plastiques aux caisses des supermarchés, car depuis j'ai toujours un cabas vide et hideux qui traine sous la place du mort et heureusement pour mes genoux qui allaient en cours de comptabilité ce jour là, j'ai pu vomir dedans.

    Faire des sourires sur mon lieu de travail en courbant l’échine, à des gens auxquels je n’aurais jamais adressé la parole dans la vraie vie, représente pour moi l'aliénation la plus brutale de ma pauvre condition de salariée des bas fonds de la facturation. Faire la bise le matin me plonge dans les affres de pulsions meurtrières particulièrement hardcore, dès que ma joue entre en contact avec celle du connard type, qui ne rate bien entendu jamais une occasion de me reluquer le cul ou les nichons. Immuablement, je réponds « ça va bien », même quand je suis aux trente sixième dessous, à cause de mes putains de règles, à la sempiternelle question que la convention exige que l’on pose après un salut. Surtout qu’immanquablement, l’interlocuteur n’en a rien à foutre de mon état général et mental. D’autant plus que la plupart du temps, il n’attend même pas que je termine ma phrase pour me tourner le dos ou deviser gaiement avec son voisin de bureau à l’humour encore plus gras et consternant que le sien, sur l’issue du dernier épisode de Joséphine Ange Gardien ou d’un quelconque match de foot à la con. Et pourtant il faut bien jouer cette comédie. Au nom de la culture d'entreprise et pour éviter qu'on ne me jette des cailloux pointus à la pause clope de dix heures et quart.  Ou pire encore que ma chef m'invite à déjeuner le midi dans un routier, pour discuter de mon mal être professionnel et de mon agressivité latente, avec un bouquin de psychologie à deux sous planqué sur ses genoux et caché par une nappe en papier que je soupçonne d'avoir déjà servi plusieurs jours d'affilés.

    Dans une certaine mesure, nous dépendons plus ou moins du travail fourni par nos chers collègues. Et c’est là que le summum de l’hypocrisie est atteint. Un jour, on te prêtera autant d’attention qu’à un hérisson écrasé sur le bord de la route, quand le lendemain, on t’apportera un joli petit croissant au beurre pour camoufler le dossier qu’on s’apprête à te léguer et qu’on a transformé en gros tas de merde inexploitable, juste parce qu’on ne sait que baisser son froc moche de chez Armand Thiery face aux clients. On saura te parler pire qu’à un labrador galeux la fois où tu viens connement demander un renseignement qu'eux seuls détiennent. On saura insulter ton intelligence et tes compétences sans utiliser de gros mots, juste parce que tu interromps une partie chronométrée de sudoku niveau facile ou la visualisation d’un diaporama de filles à poils, à quatre pattes, sur des carpettes à poils longs rose ou blanc. Par contre, être aimable et de bonne composition, quand il leur faut obtenir en urgence un document ou une information quelle qu’elle soit, ils savent, tout en omettant tes lacunes précédemment mises en relief par leurs personnes si professionnelles et organisées, capables de faire appel à tes services à l'occasion, pour une bête formule dans un tableur, qu'ils maîtrisent pire qu'à peine.

    Bienvenue à Pipeland ! L’entreprise où on se taille des pipes quand on veut obtenir quelque chose. L’entreprise où on te taille un costard dès qu’on a plus besoin de ton savoir. L’entreprise faite d’un ramassis de faux cul même pas assez subtils pour le cacher un tant soit peu.

     

     

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     (Mon meilleur copain du travail ... avec traces grasses de doigts incluses... un jour ils me désespéreront tellement que j'allongerai mon café équitable avec de la gnôle.)

     

  • Les traditions qui gonflent (part 3)

    Si j’étais ma grand-mère, je passerai comme elle, de longues heures nocturnes (ma grand-mère est un vampire : elle dort le jour et vit la nuit) à écrire mes vœux pour la nouvelle année, sur de sublimes cartes blindées de paillettes dont elle raffole autant que Britney kiffe de chanter en play back, en se dandinant autour d’une barre de pole dance lors de ses concerts. Des vœux qu’elles envoient chaque année à tous les membres de son petit carnet bleu qu’elle n’a pas affublé d’une charmante croix rouge qui signifie le décès. Des cartes pailletées qu’elle adresse à des gens qu’elle n’a pas vu depuis une ou deux décennies et qui comble de l’impolitesse, ne lui répondent qu’une année bissextiles sur deux. Car au-delà de sa famille, ma grand-mère adresse ses vœux par pure courtoisie à un nombre considérable de personnes, qui s’en tamponnent grave et la maudissent, tellement les paillettes ça se faufilent et ça s’incrustent partout. D’ailleurs il s’agit peut être d’une vengeance dont elle seule à le secret… en attendant les fabricants de cartes de vœux la bénissent.

    Mais je ne suis pas ma grand-mère. Ni un vampire. La preuve ? J’adore le pain à l’ail et bronzer à poil. Quant aux paillettes elles déclenchent chez moi des crises de panique si over King size que l’arachnophobie à côté, c’est du pipi de chat.  Et  autant dire clairement que la courtoisie ne m’étouffe pas : je me cantonne à souhaiter la bonne année  à ma famille, pour des questions d’héritage qui se poseront un jour et à mes amis, parce qu’on réveillonne ensemble et qu’accessoirement je les aime tellement fort que je veux bien faire ce genre de connerie pour eux.

    Après les  bêtisiers consternants, les best of inutiles et les bonnes résolutions intenables, j’ai comme envie d’imploser sur place à l’approche de la corvée ultime des vœux. Comme le reste, cette tradition me gonfle et m’échappe.  Et comme je ne gagnerai jamais contre le reste du monde, j’ai développé ma technique de survie à cette période maudite qui veut qu’on souhaite la bonne année jusqu’au 31 janvier. D’ailleurs, si tacitement on pouvait réduire ce délai au 15,  je serai la plus ravie du monde. S’il existe un comité, une pétition je suis preneuse.

    Ma technique consiste à avoir (pour une fois) l’air crédible dans le rôle de l’hypocrite primaire qui s’en bat les steaks de ta santé, de ton bonheur et du reste de ta misérable vie. Pour se faire je prépare à l’avance, dedans ma tête, deux phrases types comme : «Tous mes vœux. Bonne année.» et « Bonne année ! Plein de bonheur … et la santé surtout ».  Une fois ce choix effectué (choix à renouveler annuellement pour ne pas nuire à l’efficacité de cette méthode),  j’apprends par cœur mes deux phrases, afin de les placer spontanément, sans réfléchir, en mode pilotage automatique, même et surtout quand le matin, mes yeux sont collés de sommeil et que j’arrive au bureau en grognant ma mauvaise humeur.  En effet, il est important de maîtriser parfaitement ces deux phrases et surtout de bien penser à les faire s’alterner, histoire qu’aucun observateur ne mette en doute la sincérité des vœux et dévoile au grand jour cette vile hypocrisie dont je me rends coupable. Avec le temps, j’ai étoffé ma méthode en choisissant d’attribuer une phrase (en général la moins longue car j’ai l’air plus sèche en l’énonçant) à ceux que je n’aime vraiment pas ou qui m’indiffère  et l’autre à ceux que j’aime un peu mieux ou que je préfère. Au sujet de mes ennemis jurés, je leur laisse l'initiative pour répondre le cas échéant d’un simple « Merci. Vous aussi » qui est une phrase de survie ultra basique que l’on se doit de maîtriser en toutes circonstances.  Une fois préparée et prête à traverser cette période d’hypocrisie fictivement festive, j’attends. J’attends que le mois de janvier se termine officiellement. J’attends que les gens se lassent de toute cette mascarade… vivement !

    Pour conclure et en accord avec mes convictions, je ne souhaiterai donc rien à quiconque se perd malencontreusement ici.