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campagne

  • L'odeur du printemps.

    A la vue des jonquilles qui s'étalent dans les plates bandes, des petites fleurs jaunes qui ornent les talus dans ma campagne, on s'imagine l'odeur du printemps empreinte d'un parfum délicat allié à une senteur chlorophyllienne qu'aucun spray désodorisant pour chiottes n'arriverait à égaler. Mais la réalité est tout autre et la vie en ma contrée n'est pas une publicité mensongère sur la ruralité, où les vaches seraient aussi blanches entre leurs tâches qu'un caniche fraîchement sorti du toiletteur, où l'agriculteur serait aussi sexy dans ses bottes en caoutchouc kaki, qu'un mannequin au torse glabre d'une campagne Giorgio Armani affiché sur une sucette près d'un passage piéton. En effet, le printemps chez moi, il pue le fumier frais. Mais à force, j'aime bien. En tout cas je trouve ça plus authentique que les gaz d'échappement.

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  • 6-retour pour nulle part

    bouquet de poireaux.jpgOn éludera sur la fin de soirée mortelle, sur la façon dont j'ai réussi à embrouiller avec conviction et brio la mère de service, pour qu'elle ne s'inquiète pas outre mesure de ma petite aventure d'otage de pizzeria de troisième zone et pour qu'elle n'ait pas une de ces réactions démesurées, comme une bonne vieille crise d'hystérie dont elle sait être friande. Et puis une telle histoire aurait pu la pousser à faire des provisions non pas de sucre, mais de yaourts allégés, à croire que la guerre était déclaré dans le quartier et à barricader ses fenêtres avec des bouts de bois arrachés à ses meubles IKEA. Il valait mieux lui mentir éhontément. Pour son équilibre et sa santé mentale.

    La mienne de santé mentale, s'améliora peu à peu le lendemain dans le train qui me ramenait vers ma province paumée. Dans mon bled de vingt et un habitants où n'arrive même pas l'ADSL. Dans ma campagne qui fleure bon le fumier, l'humidité, la bouse de vache, les champs et la forêt. Dans un endroit où la nuit, les étoiles brillent par milliers dans le ciel, où la nuit est vraiment noire. Où la nature est présente plus largement que les centres commerciaux. Où on ne se fait pas braquer dans une pizzeria à emporter, parce qu'il n'en existe pas. Pas de voisins bruyants et insupportables avec des goûts musicaux de chiottes  ou inversement intolérants au moindre bruit. La possibilité de choisir d'entendre les mouches volées, les chats pétés ou pousser à fond la sono jusqu'à saturation. Pas de promiscuité auditive faites de bruits de chasse d'eau, de hurlements de bébés, de cris de jouissance, de disputes conjugales. Nulle part c'est chez moi !

    Il y a bien des inconvénients qui permettent aux urbains de nous traiter de gros beaufs et de venir envahir nos villages pour passer le week end et tenter de se défaire de leurs stress. C'est vrai que la "culture" nous arrive en retard si elle nous arrive. On a rarement de bonnes expo ou de bons concerts, et on attend un mois après sa sortie pour voir un film qui bien souvent n'est qu'un déchet américain ou une sous bouses franchouillarde qui se veut une comédie réussie et chiadée.  On a beaucoup de vieux cons et de chasseurs aussi. Malheureusement on y peu pas grand chose.

    La ruralité demande de prendre quelques précautions importantes en voiture. A savoir que les animaux en forêt ne sont pas en voie d'extinction (d'où les chasseurs) et qu'un sanglier ou un blaireau ça abîme une carrosserie. Également ne pas oublier que l'on est en présence d'une concentration importantes de tracteurs et de voiturettes sans permis (on préfère l'alcool à la coke dans la région). Ce qui grosso modo peut tout de suite coûter un quart d'heure de retard si on a un rendez vous important.

    Suffit de prévoir.

    Le gars de service a du prévoir. Il m'attend sur le quai flamboyant avec un bouquet de poireaux. J'ai envie de m'écrouler de rire mais le marche pied est trop haut pour que je tente la manoeuvre sans me bousiller une cheville. Alors je cours vers lui, je veux savoir ce qu'il fout là avec son bouquet de poireaux. Il me fait déjà rire alors que l'on ne s'est pas encore retrouvé. Je lui saute au cou. Il me roule une pelle carrément torride puis me chuchote à l'oreille :

    "Les poireaux. Ils viennent de ton potager. C'est les premiers."