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  • La soupe

    Petite c'était mon cauchemar. Quand Mémé se mettait à éplucher ses légumes et sortait sa grosse marmite, moi je me construisais un pistolet en lego pour me tuer. J'avais en horreur l'odeur qui émanait pendant des heures de la cuisine et surtout, la sévérité avec laquelle on m'empêchait une fois à table,  de vider le paquet de gruyère rapé dans mon bol et de boulotter tous les croûtons à l'ail avec les doigts. J'étais curieusement toujours privée de dessert. En même temps, c'étaient des yaourts au soja goût pruneau, alors j'avais peu de regret et juste très faim jusqu'au lendemain matin, où je me vengeais sur d'innoncentes tartines grillées au beurre et à la confiture de fraises.

    J'ai pris depuis pas loin de soixante centimètres, quelques années au compteur de ma vie et révisé mon jugement grâce à la soupe en brique saveur tartiflette, parce que moi j'aime les conservateurs, les colorants et autres ingrédients qui commencent par E avec des chiffres derrière. Cela dit, depuis que j'ai moi même égorgé de mes propres mains l'autre soir un choux fleur  pour faire un gratin avec de la sauce béchamel, je me demande si je ne serais pas capable de renouer avec la tradition familiale... je vais téléphoner à Mémé tiens...

  • La question du dimanche n° 31

    Pourquoi n'organises tu pas de concours sur le moche blog ?

    Pourquoi c'est obligé quand on a un blog ? On peut se faire arrêter par une brigade spéciale si on ne se soumet pas à la loi des "concours inside " ? J'étais pas au courant ... J'aimerai bien faire gagner des points de retraite mais il parait que c'est hyper dur de se faire sponsoriser par une caisse...

  • Serrer les dents jusqu'à sentir le goût du sang sur ses papilles.

    Je prends sur moi et je lui demande pour l'échographie, si une date a été fixée. Il me répond par mail qu'à ce stade, c'est utile pour les médecins, mais vraiment de la branlette intellectuelle pour les futurs parents de s'extasier devant de la neige, sur un écran de 16 centimètres de diagonale, à l'heure de la haute définition. Il conclue en m'expliquant qu'il ne sait même pas s'il va l'accompagner à cet examen, qu'il juge finalement peu intéressant.

    Serrer les dents jusqu'à sentir le goût du sang sur ses papilles.

    Alors gentiment, je lui écris que c'est quand même chouette de savoir que tout se passe bien, que maintenant les échographes sont high tech et que la 3D est entrée dans leurs cabinets. Qui plus est sans les lunettes moches.

    Serrer les dents jusqu'à sentir le goût du sang sur ses papilles.

    Le jour J, il m'annonce guilleret que finalement il va y aller, qu'il ne devrait pas y avoir de problème mais que, au cas où,  il sera là pour elle et son ventre qui grossit. Il ajoute en voulant,  j'imagine, faire preuve d'empathie, qu'il m'en parlera d'avantage, si je le souhaite, le lendemain.

    Serrer les dents jusqu'à sentir le goût du sang sur ses papilles.

    Je préfère me taire. Je lui raconte n'importe quoi en me demandant s'il se rend compte que l'écossais serait dingue de regarder un haricot dans mon ventre. Je ne fais aucune allusion en me disant que toute manière, j'aurai le droit à un compte rendu à notre prochain dîner avec eux. J'espère qu'il y aura du vin à table. J'ai d'avance l'ambition de me saoûler.

    Serrer les dents jusqu'à sentir le goût du sang sur ses papilles.

    Aujourd'hui, il ne peut visiblement pas tenir la parole qu'il m'a proposé spontanément. Il me balance tout de même assez succintement son bonheur à la gueule, sûrement persuadé de bien faire.

    Serrer les dents jusqu'à sentir le goût du sang sur ses papilles.

    Serrer les dents. Interdit de gâcher du bonheur. C'est péché.

    Le goût du sang. S'en vouloir à ne plus savoir s'arrêter de chialer comme une conne. Jalousée la loterie de la vie. Les envier. Se sentir terriblement coupable. Ravaler sa putain de douleur et les laisser me blesser sans qu'ils ne se doutent un instant.

     

  • Soirée DVD de la mort qui tue la vie.

    Hier, j'ai voulu regarder le DVD qu'un ami collectionnaire de films de cul m'avait prêté. Dans sa cave, il a deux valises entières de Marc Dorcel, une armoire de gonzo américain et brésilien, trois étagères de films amateurs français et italien (qu'il parle couramment) et deux sacs de supermarket de divers. L'autre jour, alors qu'il tamponnait ma carte de membre premium de sa vidéothèque cochonne d'une main sur mon fessier, je lui ai emprunté "Les films interdits de 1920" diffusés uniquement dans les maisons closes (avec une interview de Marthe Richard dedans). Films muets biensûr. Sur lesquels l'éditeur a cru bon de coller une pseudo musique soi disant typique de cet épisode du cinéma, mais qui finalement ne faisait que vriller les oreilles par sa redondance et sa dissonance évidente. Alors à la place, j'ai mis du Portishead à fond sur l'ordinateur.

    Vite lassée (je préfère définitivement les films gays) (j'ai du être homosexuel dans une vie antérieure), j'ai zappé les chapitres et découvert avec fascination qu'il y avait des poils factices sur les godes ceinture de l'époque. Cela a finit par me rappeller cette visite à Amsterdam, d'un des nombreux musée de l'érotisme du quartier rouge. Je m'étais faite photographier par l'écossais, adossée à une bite géante en plâtre d'un mètre quatre vingt et de couleur bleue. J'avais particulièrement trainé dans la salle des machine à baiser en bois massif et devant les premières photographies érotiques où je suis tombée en pamoison devant des culs ronds et charnus.

    Dans l'entrefait, je me suis faite tirée dessus par l'écossais, qui a téléchargé l'application AK 47 sur son nouveau téléphone. Il m'a touché en pleine tête, difficile de voir la fin du DVD.

  • Le beaujolais nouveau.

    Chaque année, le jour du beaujolais nouveau mes collègues déjeunent ensemble le midi à l'entreprise. Ils squattent à une bonne quinzaine le préfabriqué des chargés d'affaire qui ont une grand plan de travail pour bosser sur leurs plans. Et de toute manière la cuisine de 5 mètres carrés ne convient pas à ce chaleureux repas fait de chips à l'huile de palme, de charcuteries sous cellophane et de salades piémontaise conditionnées dans des barquettes en plastique, le tout arrosé de ce cépage de gamay dont la commercialisation est autorisée dès la fin de la vinification ( je fais comme Houellebecq, je cite Wikipédia ).

    C'est vraiment ballot de rater ça, mais j'ai toujours piscine ce jour là (des cours en petit bassin de perfectionnement à la natation synchronisée).

    Cette année n'a biensûr pas failli à la tradition. Mes collègues se sont réunis pour trinquer dans des gobelets transparents et analyser le petit goût de banane ou de noisette derrière celui de framboise ou de n'importe quel fruit rouge ... ça fera l'affaire de toute manière, étant donné que nous ne comptons pas de sommelier ou d'oenologue diplômé d'état en nos rangs et que les cadavres de bouteille s'amoncellent dans un coin sombre du local à poubelles.

    Sauf qu'étonnament, je n'ai pas eu vent de leurs pronostics gustatifs, moi qui suis pourtant friande de les entendre étaler leurs savoirs vinicoles. Peu d'entre eux arboraient comme à l'accoutumée du rouge au nez et aux joues. C'est en voyant la pancarte "en dérangement" sur la porte des toilettes que je me suis d'abord dit que ce n'était pas le moment d'avoir envie de faire pipi ou d'être de nouveaux aux prises avec la turpitude de problèmes intestinaux. Puis j'ai réfléchi et fais le lien entre le beaujolais, cette interdiction d'user des commodités et l'odeur pestilentielle qui en émanait.

    Cette année, c'était donc plutôt vomi que fruit des bois au niveau du goût en arrière bouche... la mayonnaise de la piémontaise fut lâchement accusée.

  • 61 - Le silence de l'écossais n'est pas d'or, il est juste rare !

    L'écossais est une pipelette, voir en certaine circonstance, une véritable commère qui se précipite au rideau de la cuisine dès qu'un voisin sort ses poubelles ou qu'une voiture passe dans la rue. Mais tout va mieux sur ce point depuis que notre voisinage se compose en majorité de vaches et de veaux bariolés. Cependant, l'écossais aime causer, papoter et toujours quand je relis péniblement mes bêtises pour corriger les fautes d'orthographe et l'accord des participes passés, il se lance dans une conversation badine qui demande à ce que je la suive sous peine de le vexer.  Et un écossais vexé, ça peut être difficile à rattraper. J'essaye de lui faire comprendre qu'il me faudrait quelques secondes avant d'être complètement disponible, mais invariablement il reprend dans la minute son bavardage, tout en accomplissant l'exploit désarmant de changer totalement de conversation. Je le soupçonne d'ailleurs d'être tout comme moi, parfois plusieurs dans sa tête (je t'aime mon amour !).

     

    Tous les dix huit mois pourtant, s'accomplit un miracle : je redécouvre le silence et la voix de Michel Denisot qui habituellement n'émerge pas du brouhaha ambiant. En effet, l'écossais change de téléphone portable et la paix des décibels s'abat sur mon foyer. Plus un bruit, pas une question ni une histoire de chantier trop marrante (comme la fois où des collègues ont emballé la voiture d'un petit chef despote avec du film plastique industriel ). Cela dit,  après plusieurs mois à l'entendre geindre que son appareil est trop pourri et que maintenant les marchands de téléphone en font des trop beaux avec des écrans tactiles et la 3G illimitée, j'apprécie sa concentration à jouer présentement avec,  sans se soucier de me parler. Sauf de temps à autre pour me dire qu'il est trop content et pour me narguer. Parce que ce soir (lundi),  pas d'internet pour Georges, puisqu'on change d'opérateur ! Je serai une connasse, j'enfilerai mes talons aiguilles ou mes docs  et je piétinerai son délicat HTC (mais non mon amour je t'aime de trop !).

     

    Et puis d'abord j'ai une très belle clé USB pour me permettre de publier depuis le travail ... y'a pas que l'écossais qui est high tech d'abord !

     

    clé usb.jpg

     ohhhh la grosse clé USB !

  • La question du dimanche n°30

    Jaja (la fameuse de Jaja et Pétra ) voudrait savoir si Georges elle est plutôt frisée aux lardons ou oeuf mayonnaise en matière de pilosité pubienne personnelle ?

    Je précise, parce que moi même au départ je pensais qu'elle me causait service trois pièces. Genre : "tu préfères le nanisme testiculaire poilu du pelvis pour camoufler la misère ou l'épilé à la cire chaude monocouille militant contre la reconstruction par implant des boulettes  ?"

    Je crois que ce jour là, j'avais mangé trop de muesli aux fruits rouges  au petit déjeuner, tellement je n'avais rien compris. Il devait être un peu moisi. Faudra que je vérifie la date de péremption quand même ...

    Bref !

    Georges en matière d'épilation intime elle fait plutôt dans le ferroviaire. Idéalement munie de son ticket de métro, elle se laisse parfois aller à avoir carrément le billet de TGV dans sa culotte. Le contrôleur n'y voit pas d'inconvénient d'ailleurs et puis je n'aime pas trop gruger les transports. Je n'ai plus douze ans et demi depuis  pas mal de printemps, alors être aussi lisse que la poitrine concave de Matt Pokora, ça ne me fait pas envie plus que ça. Je serai plutôt une fervente adepte de la culture contrôlée du poil. Le poil est mon ami en fait ... et pis sans rien j'ai froid dans mon string en dentelle ancienne.

    Petit bonus pour la route : au  niveau de l'anus j'évite,  parce que ça chatouille trop quand ça repousse... en plus les pets sont plus sonores, c'est embêtant.

     

  • Le moment de solitude de la semaine.

    Malgré mon statut de princesse, je fais caca. Même que parfois, j'ai la chiasse. Pardon. Des problèmes intestinaux, c'est plus chic.

    Par principe, je ne me vidange les intestins en dehors de mon milieux naturel qu'en cas d'extrême urgence, de type gastro entérite, intoxication alimentaire ou abus de mayonnaise maison avec du pain et des bulots, qui déclenchent des réactions bizarres dedans mon système digestif.

    Cette semaine,  je me suis retrouvée dans la nécessité de faire une impasse à mes régles de vie. De sérieux maux de ventre me faisaient me tortiller de manière forte disgracieuse sur ma chaise à roulettes. La perspective de me soulager fut au bout d'une heure, plus forte que la honte de produire des bruits suspects qu'entendraient sans nulle doute mes collèges, tant l'insonorisation de cette pièce laisse à désirer. Je n'osais même pas songer à l'odeur de synthèse "vanille de Madagascar" du spray désodorisant bas de gamme, qui couvre habituellement si mal les effluves de la matière fécale, de ceux qui chient sans problème (et toujours à la même heure) au travail.

    L'air de rien, je me suis donc enfermée dans les toilettes. Une énorme goutte de sueur m'est tombée dans l'oeil tellement je morflais. Habitée par un instinct de survie hors du commun, j'ai vérifié préalablement dans le distributeur dédié à cet effet, si il restait du papier cul. Vide. J'ai ouvert fébrilement l'armoire à pharmacie où la femme de ménage entrepose les rouleaux. Vide. J'ai alors crié en silence, effrayée à l'idée d'attendre deux heures que ma matinée se termine, pour rentrer chez moi en catastrophe et enfin chier de tout mon saoul. Et puis j'ai respiré bien calmement pour essayer d'atténuer la douleur qui assaillait mon petit ventre mou. En sortant, j'ai demandé innocemment à la fille de l'accueil si elle avait un mouchoir à me donner, tout en sachant très bien que ça ne suffirait sûrement pas. Mais comme ce jour là je portais une vieille culotte moche, je me suis dit que ce serait l'occasion de la brûler. Or elle m'a répondu négativement. Comme la collègue des achats dont le bureau est attenant. Comme ma chef qui passait par là.

    Je suis remontée vaillamment dans mon antre. J'ai vécu les pires heures de ma vie , incapable de rester plus de cinq minutes d'affilée assise, angoissée de savoir si j'arriverai à rentrer chez moi sans encombre. Et sans en mettre plein mes collants opaques. Mais je suis une princesse alors ça n'est pas arrivé. Cela dit, à deux minutes près, je ne suis pas certaine que mes sphincters n'auraient pas craqué.


  • Je crois que je vais pleurer...

    ... parce que j'ai internet à  ma maison depuis bientot deux heures consécutives et sans la moindre seconde d'interruption. Il en faut peu pour être heureux comme dirait ma boulangère quand elle me mets de côté les coins des plaques de grillés aux pommes dont raffole l'écossais. Surtout quand faut raquer sans retard chaque mois, dans les 39€90 pour avoir une connexion de 5 minutes vers 2 heures du matin. Après une semaine à ce régime, t'appelle pour gueuler et faire valoir tes droits de vache à lait. Au bout du fil on te balade de service en service tout en t'infligeant la ritournelle d'une attente téléphonique qui rend fou. En même temps l'accent cauchois n'est pas courant dans le nord de l'Afrique. Et le geste commercial ? Bin tu te le carres bien profond dans le cul. A sec. Et avec une poignée de graviers, je te prie.

    Je crois aussi que je vais hurler parce que ma  chef me reproche de ne pas vouloir assister à un pot en décembre prochain, pour célébrer le départ en retraite d'un des salariés et par la même occasion visiter plus précisément les nouveaux locaux. C'est vrai qu'aller boire du mousseux un vendredi soir pour féliciter un type qui ne m'a jamais dit bonjour, même en ayant l'occasion de passer devant mon bureau de temps à autre, c'est à la moindre des choses. Quant à explorer le nouveau siège de la boite ... s'ils n'ont pas l'intention de me licencier, j'aurai largement le temps de le connaître dans les années à venir. Peut être même de trop. Alors fuck !

  • Confessions écrites.

    J'ai toujours été méchant. Depuis tout petit déjà. Depuis mes premiers jours d'existence.

     

    A la maternité, ma mère a vite rejeté l'idée de me donner le sein, tant je m'acharnais à maltraiter ses tétons, rouge de colère, mes petites mains si crispées sur sa peau laiteuse, que j'y laissais des traces bleutées minuscules. Une fois seul à seul dans la chambre auprès d'elle, je me suis mis à hurler sans discontinuer pendant plus de deux heures. Finalement éreintée, elle me confia à contre cœur à une aide soignante contre laquelle je me suis blottie pour m'endormir immédiatement. A peine quelques jours après avoir quitté la clinique, ma mère décidait de recruter une nourrice, ne supportant plus la haine visible qui se dégageait de moi dès qu'elle se trouvait dans mon environnement immédiat.

     

    Mon père avait eu l'intelligence d'être un riche héritier et cela ne fut pas un problème de me confier à ces femmes contre lesquelles ma méchanceté finissait impitoyablement par s'exercer. A l'une, j'ai coupé les longues boucles rousses qui dépassaient de l'accoudoir du canapé, pendant sa sieste du dimanche après midi. A l'autre, j'ai mélangé de la colle liquide à son tube de shampoing. J'avais du trouver tout petit en tirant sans cesse les cheveux à la portée de ma main tyrannique, qu'il s'agissait là d'un point faible des femmes. Alors, mon père qui de loin m'observait sans chercher à me connaître, décida d'embaucher des hommes pour m'éduquer et me garder à l'œil. L'école n'était plus une option envisageable depuis que j'avais fichu le feu aux chaussures de tennis en toile du petit voisin, qui m'avait invité à jouer dans son jardin aux aventuriers. En effet toutes les fois où je fus confronté à un enfant de mon âge, je finissais invariablement par le martyriser physiquement, comme mes nourrices que je frappais régulièrement de mon petit poing vengeur dès qu'elle m'opposait un refus, jusqu'à leur couvrir le torse de bleus verdâtres.

     

    Je grandis de façon infernale. Occupé à mutiler les souris prisent aux pièges dans les tapettes de la cave ou à jeter des pierres avec ma fronde aux chats de gouttières du quartier, je semais aussi la terreur auprès des employés de maison. Je tentais régulièrement de les empoisonner avec les somnifères de ma mère ou de leur déclencher des infarctus en sortant des placards ou de derrière les doubles rideaux tel un diable, un couteau à désosser dans chaque main.  Les précepteurs se succédèrent sans réussir à rester plus de quelques mois d'affilé. Monsieur Gorky fut le seul qui me résista en flattant mon égo que j'avais loin d'avoir modeste. Le temps que je décèle la manipulation il obtint de moi que je m'intéresse de près à mon éducation. Je continuai d'étudier après avoir porté plainte contre lui pour abus sexuels et attouchements.

     

    J'avais 16 ans.

     

    Depuis ma naissance, ma mère me craignait et baissait les yeux en me croisant dans les couloirs. C'est toujours avec des sanglots dans la voix qu'elle me demandait la salière à table. Mon père quant à lui, se trompait de prénom quand il s'adressait à moi.

     

    Je m'inscris au lycée privé en produisant de très belles imitations des signatures parentales. Devant le fait accompli et le courrier  dithyrambique du proviseur si heureux d'accueillir un élément tel que moi dans ses effectifs, ils n'émirent aucune protestation et me laissèrent à partir de ce moment gérer mon quotidien sans m'imposer de chaperon. J'étais extatique de me mesurer enfin au monde extérieur et de m'amuser à le pourrir joyeusement, bien décidé cependant à ne pas me faire prendre, seul bénéfice de l'époque Gorky et de sa fascination dérangeante pour Jack l'Eventreur à jamais impuni pour ses crimes. De la seconde à la terminale, j'enchaînais les bonnes notes facilement, la plupart des vols et des dégradations sans jamais être inquiété. Il suffisait de désigner habilement des coupables, en laissant sur les lieux du crime des preuves compromettantes. Dans cet établissement, je me consacrais uniquement à ces activités ludiques et enthousiasmantes tout en obtenant mon diplôme avec mention.

     

    En parallèle de ma brillante scolarité et à la demande pressante de mes hormones, je m'intéressais également aux filles que j'allais draguer à la sortie du lycée public, à cinq stations de tramway de chez moi. Je les trouvais jolies et bêtes à souhait. Il suffisait de les emmener à l'hôtel le mercredi après midi pour qu'elle m'offre leurs culottes sans trop de résistance et de séances de cinéma préalables, à se taper des films romantiques avec Jennifer Aniston. J'aimais par dessus tout le moment où dans leurs yeux je parvenais à lire leurs regrets d'avoir accepté de boire à la bouteille, du champagne subtilisé à la cave familiale. De s'être laisser complètement désinhiber par quelques lattes de mon joint. De m’avoir offert un lap dance torride pour que je l'immortalise avec mon smartphone. Quand la panique de ses actes la submergeait, je lui offrais un des coeurs sur chaînette dorée que je commandais par lots de 10 sur un site de bijoux fantaisie taïwanais.

    Bien sûr, je lui donnais un faux numéro. Et souvent elle comprenait en voyant une autre arborer mon cadeau autour de son cou gracile et décoré d'un suçon violet. Les conditions dans lesquelles on lui avait offert, dissipaient ses derniers doutes. La possession de photos ou vidéos compromettantes me garantissait leurs discrétions. Je me sentais tout puissant quand je les croisais avec leurs copines dans la rue piétonne du centre ville. Comme ma mère, elles baissaient les yeux et cela nourrissait d'autant plus mes fantasmes.

     J’avais 20 ans quand je la rencontrai dans une galerie d'art. Si elle ne m'avait pas abordé la première pour me demander mon avis sur une toile vaniteuse de couleurs criardes, je l'aurai sans aucun doute approché pour tenter de l'inscrire à mon tableau de chasse. Je n'avais jamais vu autant de beauté chez une jeune femme. Elle avait à peine maquillé ses yeux verts bouteille. Ses cheveux longs et bruns tombaient en cascade sur ses épaules encadrant un minois au teint de porcelaine. Quand elle sourit, je tombai amoureux dans l'instant de ces petites dents blanches et parfaitement régulières. Elle me subjuguait par sa grâce, sa conversation étonnante. Je ne sais comment elle me proposa de la suivre à l'hôtel où elle était descendue et encore moins si nous avons pris un taxi pour nous y rendre, ou si plus simplement, nous avons fait le trajet à pied. Sur ma rétine ne se reflétait que ses traits harmonieux. L'oxygène aurait pu disparaître brutalement de mes poumons, que je ne m'en serai pas soucié.

    Dans sa chambre, elle me renversa sur son grand lit pour me chevaucher sans attendre que la lourde porte ne se referme complètement. Elle m'embrassa vorace et arracha quelques boutons de ma chemise dans la précipitation. Je restais volontiers à sa merci , la laissant prendre les commandes de ces ébats qui n'avaient rien de programmé. Je ressentais le plaisir du sexe, mais comme si une muraille de coton hydrophile l'atténuait. En fait, je commençais à être obsédé par une question. Une question sans importance dont habituellement je ne me serais pas encombré un instant, tant l'identité de mes conquêtes m'importait peu. Une question qui devenait tellement assourdissante entre mes deux oreilles, que je ne me sentis même pas jouir : mais qui es tu ?

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     Elle me tournait déjà le dos, debout devant la fenêtre absorbée par les flocons de neige quand je réussis à articuler quelques mots pour le lui demander. Elle resta silencieuse un instant. Au dehors la tempête et le blizzard redoublaient de violence. Il faisait tellement nuit pour un début d'après midi que toutes les lumières des bureaux de la grande tour du quartier des affaires étaient allumées. Elle était toujours immobile quand enfin elle me répondit : "Qui suis-je ? Qu'importe. Habituellement tu ne te soucies pas de ce genre de détail. Tu goûtes la chair, assures tes arrières en immortalisant une pose obscène ou deux avec ton téléphone et offres ton petit coeur en toc comme lot de consolation. Je me trompe ?"

    J'aurai voulu répondre mais impossible de me défaire de cette douce torpeur dans laquelle j'étais plongé depuis la fin de nos ébats. Comme si le matelas haut de gamme me digérait  peu à peu.

    "Il ne te sert à rien de nier. Je sais. Je sais que tu t'es servi de ces jeunes filles pour ton bon plaisir uniquement. Tu portes le mal sur toi, depuis toujours, depuis plusieurs vies. Tu dois cesser désormais. Tu te demandes pourquoi ? Regarde moi." m'ordonna-t-elle tout en se retournant.

    On me retrouva en état de choc le lendemain. Mes cheveux étaient devenus aussi blancs que la neige. Je fus interné pendant plusieurs mois dans une clinique psychiatrique, puis dans une maison de repos. J'eus le temps de réfléchir à mes actes et à ma nature. La police classa rapidement l'affaire car selon le concierge et les bagagistes, je m'étais présenté seul dans le hall de l'hôtel. J'avais moi même retiré les clés après avoir payé par carte bancaire. Jamais ne fut évoqué la présence d'une jeune femme brune. Ni dans les registres. Ni sur les bandes issues de la vidéosurveillance.

    La même année mes parents décédèrent dans un accident de jet privé. L'exécuteur testamentaire qui vint me rendre visite à la maison de repos, me lut les dernières volontés de mon père, qui souhaitait clairement que j'hérite du minimum légal au profit de dons  colossaux à des oeuvres caritatives qu'affectionnaient ma  mère, en faveur des enfants et des animaux. Toujours extrêmement troublé et perturbé, je paraphai et signai sans contester.

    Le système médical me recracha dans la société en bonne santé mentale, avec mon lot de comprimés et de cachets à gober consciencieusement plusieurs fois par jour. Je trouvai par hasard un job de comptable grâce au pôle emploi et tentai de reprendre une vie banale...

    Mais chaque soir, je la revois. même en m'abrutissant d'anxiolytiques.

    Ses yeux rouges crachant des flammes. Sa peau plus noire que le fond d'un abysse. Sa bouche comme taillée au cutter et sa langue de serpent. Ses cornes. Sa queue. Ses sabots

    J'ai vu le diable. Je ne peux plus m'en sortir. Il faut que je la rejoigne en enfer.

     

    [Lettre manuscrite retrouvée au pied d'un homme de trente ans victime d'un suicide par pendaison. Cet homme souffrait d'un grave trouble du comportement et de la personnalité. Dix ans avant sa mort, il avait été interné plusieurs mois suite à une crise grave qui s'était déclarée dans sa chambre d'hôtel. Il menait depuis une vie stable et occupait un poste de comptable à temps plein. Il n'avait plus aucune famille.]

     FIN

     

    Ma participation au blog à 1000 mains.

    Dessin de Marlène. (super joli blog !)