14/09/2010
Le mardi je pourrai être pyromane ...
C'est toujours le dos ruisselant de sueur que je me redresse le mardi à l'aube, d'un coup sec, dans mon grand lit déserté bien trop tôt par le mari écossais, qui doit gagner sa vie pour subvenir aux besoins grandissants en croquettes de poissons de nos trois félins sanguinaires et hautement soupçonnés d'être les auteurs du génocide des musaraignes du quartier. Arrachée brutalement à un cauchemar ignoble qui commence toujours par un sentiment de pouvoir destructeur, je me réveille éberluée et souvent je me cogne le gros orteil sur la putain de barre de seuil qui se décolle en bas dans l'entrée.
Sous ma douche, je repense en me tripotant à ce moment jouissif où d'un geste magistrale de joueuse de base ball, je balance le cocktail molotov dans la baie vitrée du bureau de la fille de l'accueil. Je vois les flammes lécher les murs du bâtiment dans mes propres yeux qui pour me faire plaisir sont devenus bleus. Le feu consume les boites à archives qui trainent partout pour atteindre l'imprimante photocopieuse où j'ai dissimulé une bombe et trois bâtons de dynamite. Un instant du shampoing plein les narines, je ressens de nouveau l'énorme satisfaction que déclenche la vision de l'explosion de l'entreprise pour laquelle je travaille parfois durement. Je me demande toujours comment je pourrai faire pour que ce rêve s'arrête là, au lieu de continuer.
Comme d'habitude, il faut que je me dépêche de boire un café tout en me disant que je devrais être plus prévoyante et faire mes sandwichs la veille pour le lendemain. Simultanément, je sais au tréfond de moi même que jamais je ne le ferai, tellement l'idée me gonfle magistralement. Je mets des choses qui se mangent dans du pain pour mon déjeuner, je remplis d'eau la gamelle de la chienne, je cherche toujours un peu les clés et je pars en essayant d'oublier la tournure de la conclusion de ce mauvais film américain onirique. Le temps de démarrer la voiture et me revient tout à la figure...
...le lendemain, dans mes yeux toujours bleus les ruines fumantes des bureaux se reflètent. Tous les collègues sont là habillés de noirs et pour certains de tee shirt de Rage Against The Machine. J'entends dans les rangs les mots "chômage technique" et "renvoyer la nourrice" planer. Quand le président directeur général se pointe en short et nous demande de ne pas paniquer. Il va à sa voiture, ouvre le coffre et en sort des tentes quechua qu'il suffit de jeter en l'air pour être opérationnelles. Les autres se mettent à hurler de bonheur et une collègue s'évanouit comme dans un concert de "Roch Voisine avant", à force de crier hystérique le nom de mon patron. Chacun finit par installer sa tente sur les décombres. Un voisin nous ramène une remorque d'ordinateurs. L'horreur est à son comble quand un collègue s'aperçoit que le serveur est sauf de l'incendie car il était rangé dans le coffre fort. Fin.
Finalement je me pointe devant le bâtiment sur lequel aucun avion ne s'est écrasé dans la nuit et commence la partie de la journée où comme je suis payée, je fais ce qu'on me dit de faire, même si j'en ai aucune envie. En plus ce jour là, le PQ est en rupture de stock et je me retrouve à me moucher dans du papier brouillon parce que j'ai oublié les mouchoirs sur la table de la cuisine à la maison. Et alors je me rends compte entre deux reniflements, que je suis à jour dans ma facturation, que presque pas de bordel traîne sur mon bureau et que finalement, la journée devrait pas être pire. Je trouve même à ma pause de midi, du Morcheeba dans mon lecteur MP3 et ça me donne envie de me déshabiller. Ensuite à seize heure, je découvre miraculeusement sous un tas de trombones tordus qui zonent dans le fond de mon tiroir du haut, trois carambars au nougat. La journée se termine... déjà.
A mon retour au bercail, le mari écossais est entrain de crâmer les sapins moches virilement abattus torse nu avec une hache la semaine dernière, et qui nous obstruaient la vue sur les veaux du champs d'à côté qui parfois sautent la clôture pour brouter notre herbe. Il me fait un signe de loin et me rejoint pour m'embrasser sachant pertinemment que j'ai une peur panique du feu, à cause de la manière de ma mère de toujours me frôler avec la poêle en me servant l'omelette du dimanche quand j'étais petite. Elle ne m'a jamais brûlé préférant s'acharner sur les oeufs pour nous les servir carbonisés mais depuis je reste terrorisée par le feu. J'ai réussi à surmonter mon horreur pour les poêles après de longues années de thérapie.
Moralité : je ne commettrai jamais un attentat sur mon lieu de travail. Pourtant j'en rêve la nuit.
20:57 Publié dans Connerie intrinsèque | Commentaires (6) | Tags : incendie au bureau starring georges, georges se fait des films américains dans sa tête



Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://lafilledeservice.hautetfort.com/trackback/2899150
Commentaires
Écrit par : Garrice | 14/09/2010
Écrit par : Aurélie | 14/09/2010
J'ai adoré imaginer le coup de la tente Quechua ! Bonne nuit !
Écrit par : Julhya | 14/09/2010
Écrit par : Valérie | 15/09/2010
Écrit par : Valérie | 15/09/2010
@ Aurélie : parfaitement j'aime mon travail, il est pas loin de chez moi, il est rémunéré, ya une prime dans l'année, j'ai un bureau pour moi toute seule et je travaille pas le vendredi après midi. On occulte le boulot en lui même et les collègues bien sur ;-) j'ai déjà eu un boulot parfait, mais doit y'avoir des quotas genre un dans une vie ;-)
@ Julhya : et c'est crevant !
@ Valérie : je m'économise un peu tout le temps, c'est comme ça que je tiens !
Tu dois être trop belle en licorne... quant au collège celui que j'imagine fouetter avec un nerf de boeuf pendant qu'il serait accrocher sur une croix de st andré avec un genre baillon de sado maso avec une balle ne devrait pas être content... d'autre que j'aimerai bien me taper peut être que si.. je me demande à quel sauce tu rêverai de manger les tiens...
Écrit par : Georges | 16/09/2010
Les commentaires sont fermés.