04.05.2010
Sans un mot plus haut que l'autre...
Je ne sais pas par quoi ou par où commencer. Comment te dire ? Je ne sais même pas quand cela c’est produit, si il y a eu un moment révélateur ou un déclic. Mais je crois, ce matin, que nous avons commis une erreur fatale en conjuguant nos solitudes.
Comme d’habitude, tu es parti de bonne heure. T’occuper de ton exploitation. De tes satanées oranges, qui même de cette terrasse obstruent tout mon horizon.
Je crois que j’ai toujours su que ça finirait ainsi, moi et ma tasse de thé à soupeser mes mots pour trouver les plus justes. Déjà absente de ce lieu, déjà loin de toi, je finis de déserter notre histoire.
Tu vas rentrer ce soir avec une orange que normalement tu mangeras demain matin avec un café noir imbuvable. Ton jus de chaussette, comme tu aimes à l’appeler. J’ai trouvé ça mignon au début, mais maintenant, tout ce marc que tu fous partout dans la cuisine, je n’en peux plus de le voir, ni de me battre éponge à la main pour le faire disparaître des jointures blanches du carrelage.
Tu penses tout m’offrir : le confort matériel, la belle vue sur l’orangeraie, tes amis, ta famille, tes grands enfants qui doivent venir pour le week-end du 15 août. Tu es même plutôt gentil et semble amoureux.
Pourtant je me suis leurrée. C’est évident. J’ai voulu que ça fonctionne entre nous, que notre entente charnelle se traduise en vie à deux, alors que tu n’avais finalement pas tout pour me plaire et moi encore moins que ce que tu crois.
Tu aimes bien jouer l’instructeur et maître. Tu regardes ma jeunesse avec un je-ne-sais-quoi de tendre condescendance. Tu me laisses lézarder toute la sainte journée sans me demander d’aide, ni même de travailler. Alors je m’enferme ici en plein soleil à t’attendre et le temps qui passe s’étire dans l’ennui. Je plonge dans certaines réflexions qui me laissent un arrière goût d’amertume sur la langue. Je convoque et regarde mon amour pour toi droit dans les yeux, constate que je te trompe.
Tu fais comme moi, semblant de rien depuis quelques semaines. Tu continues de me couvrir de cadeaux, de me dire « je t’aime », alors que je ne te réponds plus que par des regards qui voudraient en dire longs. Dans notre lit, je me refuse de plus en plus à toi mais tu ne dis rien, tu me laisses non sans écarter une mèche de cheveux de mes yeux. Je ne comprends pas ta réaction et ton silence. Alors je n’ose t’avouer que notre amour est mort, que toi et moi nous ne sommes plus faits l’un pour l’autre.
Si je reste nous l’oublierons. La haine gâchera notre histoire qui aurait du rester sans lendemain. J’ai manqué de courage en te suivant, en voulant croire que je me transformerai en parfaite et idéale petite compagne d’un producteur d’oranges bio.
Il est déjà midi. Ma valise est faite. De toute façon, tout ici est à toi.
Ce soir, quand tu rentreras à la fraîche, les mains pleines d’égratignures, un sécateur dans la poche arrière de ton jean, tu trouveras mon petit mot sur la table.
Je prendrai le train sans te dire au revoir.
Je rentrerai chez moi sans te dire autre chose que « Je n’ai jamais aimé les oranges ».
Jeux d'écriture n°4 à l'initiative de Madame Kevin et Lizly. Photo thé citron. Projet du blog à mille mains.
12:05 Publié dans Blog à 1000 mains | Commentaires (8) | Tags : madame sophie, lizly, thé citron, le blog à 100 mains, en vrai j'aime ça les oranges !




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Commentaires
félicitations !
Écrit par : Virgi | 04.05.2010
Écrit par : annick | 04.05.2010
Écrit par : Lizly | 04.05.2010
@Annick : mais euhhhhhhhhhhhh.... merci aussi très beaucoup...
@Lizly : Oui ! c'est vrai... mais on en a déjà parler ! ;-)
Écrit par : Georges | 04.05.2010
Écrit par : cortisone | 04.05.2010
Écrit par : Georges | 04.05.2010
Je te bizoute Georges.
Écrit par : cortisone | 04.05.2010
Écrit par : Bloody Mary | 04.05.2010
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